Je choisis Iphigénie, pour sa force subversive et sa capacité à nous troubler, aujourd’hui encore. Iphigénie, la vierge sacrifiée par son père pour partir en guerre. Iphigénie, la victime d’Euripide, qui consent pour les siens.
Je propose de rejouer le rituel du sacrifice antique, de le réinventer. Ce rituel, je le vois comme une fête enivrante, drôle et mystérieuse. Une fête qui, parfois, ressemble à un rêve délirant. Je suis la victime, cette grande fille de 12 ans, à demi consciente, survoltée par la musique, la foule et la danse.
Mais que fête-t-on exactement ?
Je ne sais pas.
Les affects se mélangent : confusion, euphorie, inconscience.
Iphigénie pour moi c’est le corps de l’adolescence dans son trouble, sa recherche et son affirmation. Un corps en mutation, en cours de sexualisation, entre l’enfance et l’adulte. Un corps qui résiste à la lecture. Qui s’expose et se cache.
Iphigénie pour moi c’est l’enfant intrépide, affranchie, arrogante, provocante. Celle qui dit l’absurdité des adultes. Celle qui résiste à une norme d’éducation. Celle qui ne deviendra ni femme, ni mère.
Iphigénie pour moi c’est la bête de foire qu’on expose, l’animal qu’on est venu observer.
On dit que dans la tradition grecque, comme dans toute civilisation patriarcale, les filles appartenaient à leur père, avant d’appartenir à leur mari. On dit aussi que les légendes de sacrifice étaient des paraboles de mariage. Le père offrait sa fille en sacrifice comme il la donnait à un mari. Sacrifice ou mariage, tels sont les deux options qui s’offrent aux vierges.
Iphigénie consent-elle librement à son sacrifice ? Avec cette pièce, je choisis d’interpréter la victime et la complexité de son consentement. J’ouvre un horizon pour la question. J’habite l’espace du trouble.
Julie Gouju